MONS AUREUS


Extrait du CAHIER CORSICA 1 28 - 1 29 - 1 30 . BASTIA 1989.LA CORSE SELON PTOLEMEE
Une carte marine révélée
Par le réseau des feux de signalisation
Et par les ruines du monachisme primitif (IVe - Vlle s.)
Essai réalisé sous la direction de G. MORACCHINI - MAZEL et R. BOINARD

Les versants nord, est et sud-est du massif de Tenda s'inscrivent exactement, - pour le navigateur qui vient de doubler la pointe du Cap Corse, et s'avance en direction du Nebbio -, dans l'axe des deux lignes A-A et B-B; c'est l'ensemble des sommets compris dans ce "couloir" qui constitue le Mont d'or, c'est-à-dire tout ce qui est à gauche des plus hauts sommets du Tenda lorsqu'on les regarde depuis la mer.

Près du passage de la ligne A-A se trouvent le monte di Pero (alt. 1.333 m), la cima di Grimaseta (1.509 m) et la cima di Cornatojo (1.311 m) qui domine le col de Tenda (alt. 1.188 m), dédié à San Giacomo, où existent les ruines d'un baptistère du Xlle s. ; des actes du XVIlle S., laissent supposer que les terrains situés autour de ces vestiges relevaient au Moyen Age, de l'abbaye de la Gorgone.

On remarquera que dans l'axe de ce "couloir", plusieurs sommets avaient reçu des sanctuaires dont beaucoup ont disparu, ou sont à l'état de vestiges; du nord au sud, sur les collines dominant l'actuel village de San Pietro, San Giovanni Evangelista de Brumica, Sant'Andrea de Ghireto, Santa Cristina et celles de Santa Reparata de Campocasso (500 m environ) ; mais ce doit être sur les crêtes rocheuses qui dominent les actuels villages de San Pietro di Tenda et San Gavino di Tenda, à la limite exacte de cette dernière commune avec Sorio que devait se trouver le lieu de culte principal du Mont d'or (Cima Petricoli, alt. 832, ou cotes 702, 721, 542, etc ... ) -1 à ces altitudes, un signal par feux était visible, non seulement depuis le golfe de Nebbio, mais aussi depuis la mer orientale, par la vallée du Bevinco.

Une place à part doit être accordée au site du Monte Sant'Angelo, à Lento qui forme une masse rocheuse impressionnante par ses à pic, et qui est bien visible de partout, notamment depuis la plaine orientale et l'embouchure du Golo -1 cette plate-forme étroite - aujourd'hui vrai dortoir de chèvres - portait plusieurs édifices, à 1.389 m d'altitude - on devine au sol la trace de la chapelle primitive, dont l'abside semi-circulaire était en sur plomb sur le vide et dont la nef unique, longue d'environ 8 m, paraît avoir été refaite au Xe s. (quelques pierres taillées caractéristiques de cette époque sont visibles dans les " coulées " du rocher), puis plus tard encore, dans une orientation différente. Le tout est en ruines-, mais on devine aussi au sol la trace d'un campanile, contre le mur nord (3 m de côté environ) ; on voit les vestiges de la monachia probable à une vingtaine de mètres en contrebas du sommet, en direction du S.-O., nichée entre des rochers, petite maisonnette de plan rectangulaire.

Depuis, la croix, refaite depuis peu en souvenir du curé de Lento, l'abbé Gavoy, mort en 1971 (inscription), on voit tout le nord de la Corse , non seulement, le Sant'Angelo de Casinca et la plaine orientale mais aussi Glovellina, Moltifao, les montagnes d'Asco, la cime de San Parteo de Balagne, Losari, St Florent, la Mortella, le Cap Corse, Klounion, Mantino et les monts du Cortenais. Un réseau de signaux par feux est plus que probable sur divers sommets du massif de Tenda, et à des niveaux différents afin d'éviter les brouillards, fréquents dans le Nebbio. Ce massif montagneux parecit avoir été dédié à S. Pietro et S. Giovanni Evangelista, patrons de l'actuel chef-lieu de canton de San Pietro di Tenda. C'est pourquoi le regretté chanoine Pergola faisait remarquer que ce mont devait être dédié à la Transfiguration, en raison de ces vocables, qui rappellent la présence des Apôtres Pierre, Jacques et Jean pendant la scène sur la montagne. C'est très possible. On regrette de ne pas savoir le nom des cultes païens qui n'ont pas manqué d'être pratiqués à l'époque romaine sur les monts de Tenda. La présence d'un sanctuaire de S. Salvadore au pied du Tenda - mais non pas au sommet -, n'est pas suffisante pour nous permettre d'avancer que S. Salvadore a pu succéder à GIOVE.