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LE PEINTRE NOVELLINI DE LENTU (1831-1921)


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Le touriste ou l'amateur d'œuvres d'art ne regrette jamais de faire une halte dans la belle église de Lentu. Régulièrement, les habitants ont à répondre à la question : " Qui était ce Novellini qui a signé de si beaux tableaux ? "... Les Lentinchi, fiers de leur génial compatriote mais peu bavards de nature, sont avares de détails... Nous avons eu le bonheur de vivre parmi eux et certains, les plus anciens, aujourd'hui disparus parlent de " leur artiste ", nous ont dit qu'il est mort dans la misère : des quêtes ont été faites pour lui faire des obsèques décentes !... Pourtant, il a tenu une grande place dans la peinture du siècle dernier.

- Le " Dictionnaire des peintres, sculpteurs dessinateurs et graveurs ", (E. BENEZIT 1ère édition, 1911) dit: " Paul - Matthieu NOVELLINI: peintre de sujets religieux et historiques, né a Lentu (Corse) au 19ème siècle, il a travaillé avec GLEYRE ". (Marc - Gabriel GLEYRE est un Peintre de l'Ecole suisse, 1888-1874, dont on peut voir des tableaux au Louvre et la plupart au Musée de Lausanne). Dans un numéro du Conservateur de la Corse d'août 1894, nous lisons: " NOVELLINI appartient à l'école des idéalistes... Dans un de ses tableaux, il représente le Christ bénissant Saint Pierre à genoux, aux premières lueurs de l'aurore aux doigts de rose. Dans un autre, il nous donne le portrait de Sainte -Dévote (tableau présenté au salon de 1879). Il se dégage de ses tableaux un parfum de piété qui transporte l'âme dans ces régions paisibles et sereines où habitent les divins modèles. Et, mon Dieu ! quelle fraîcheur virginale dans les coloris ! quelle agréable douceur dans les teintes! "

- Mais revenons à Lentu, Village natal du Maître que plusieurs critiques nomment " le peintre de la douceur " ou encore " le gracieux Novellini "... Il est né, probablement dans la maison habitée aujourd'hui par ses petits-neveux, au quartier de " a tozza ", le 29 juin 1831. Son extrait de naissance, rédigé en italien par le maire Palermi et que nous avons pu lire grâce à l'amabilité du secrétaire de mairie, indique qu'il était le fils de Michel NOVELLINI, originaire de Naples et de Dévote PANZANI, d'une vieille famille de Lentu.

- En mention marginale, il est noté qu'il a été naturalisé français par décret du 17 janvier 1887. Nous ne prétendons pas ici écrire une biographie complète mais simplement contribuer à faire connaître et aimer cet artiste (et nous avons été heureux de faire la connaissance d'une jeune élève des Beaux-Arts qui prépare un Mémoire des peintres corses, dans lequel Novellini tient une bonne place). Nous avons peu d'éléments concernant ses jeunes années (il ne s'est pas marié et n'a pas laissé de descendance directe). En revanche, lorsqu'il fut dans la pleine maîtrise de son art les témoignages le concernant convergent tous vers l'admiration et le respect.

- En 1909, le ministre de l'instruction Publique, ayant fait paraître une circulaire demandant aux chefs d'établissements scolaires de décorer les classes d'œuvres artistiques représentant les gloires nationales du département, l'Amicale des instituteurs de Corse demandait au Conseil général de la Corse d'inscrire à son budget la somme nécessaire à l'acquisition pour toutes les écoles des lithographies tirées à des centaines d'exemplaire" des portraits de Pasquale Paoli, Sampieru Corsu, Napuleone, Sambucucciu d'Alando, toutes œuvres du peintre corse Paul NOVELLINI " artiste peintre, membre de la Société des artistes français, électeur au Jury international des Beaux-Arts, officier d'Académie, rédacteur au journal des artistes. etc. " (Le Petit Bastiais du 29 /09 /1909).

     

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Depuis 1906, quasiment toutes les mairies de Corse avaient été dotées des dites gravures (que NOVELLINI exécutait en lithographies ou en eau forte et qu'il vendait 14 francs l'une). Dans ces mairies figurait aussi, en bonne place, la célèbre "Allégorie de la Corse au 18ème siècle ". Le Maître tenait à ce que l'on nomma ainsi cette œuvre. Elle mérite que l'on s'y intéresse de très près pour plusieurs raisons , parmi lesquelles sa valeur picturale et son symbole (c'est peut-être pour ce symbole qu'elle était présente dans la plupart des maisons corses, dans notre île, sur le continent et chez les Corses d'Algérie).

 

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Nous avons retrouvé une description détaillée de cette " Allégorie de la Corse au 18ème siècle ; l'original de cette œuvre, qui a été présenté au salon de 1870, se trouve à Londres. Le peintre nous montre une jeune fille fièrement assise sur un rocher imitant le profil d'un lion - le lion est l'emblème de la force et de la fierté - au loin, les flots bleus. La jeune fille a une pose faite de calme et de volonté. Ses yeux sont empreints de grâce et de gravité, ses cheveux sombres sont ramenés ; pudiquement en bandeau. Le peintre a parlé souvent a des amis de son modèle, la nommant tantôt Paula, tantôt Pauletta. Qui était-elle pour lui ? D'où venait-elle? L'on se doit de respecter certains mystères. Un critique a écrit, au sujet de cette composition: " C'est toute l'âme de Cyrnos qui se révèle dans ces nobles traits. A les regarder, on apprend à lever le front un peu plus haut ! " Si l'on songe au titre donné par NOVELLINI à son tableau et à l'état de la Corse dans ce 18ème siècle qui a vu mourir son rêve d'indépendance, l'on ne peut que trouver légitime sa fierté pour son œuvre (et pour son modèle !).

- Quelques amis de l'artiste ont décrit son atelier, rue Docteur VERSINI à Ajaccio, ville où il est mort en 1921 (à la fin de sa vie il avait ouvert une école libre de dessein et peinture): on y était atteint par une véritable ivresse des couleurs. La plupart de ses tableaux chantaient des paysages de Corse: les " calanche " de Piana, une forêt de pins " laricci ", deux cyprès encadrant une tour en ruines, des vieux oliviers au pied d'une côte. Sur fond d'azur, la Sainte-Vierge laissant flotter la blancheur de son vêtement... A l'heure actuelle, nous ne pouvons localiser ces peintures. En revanche, nous savons qu'en 1912 l'Etat s'est rendu acquéreur d'un " Saint-Jean-Baptiste " destiné au Musée d'Aiacciu. On peut donc le voir au Musée Fesch.

- Dans notre région une autre œuvre témoigne de l'amour de Paul Novellini pour son petit pays: lors du retour des cendres de Pasquale Paoli (1889), il a fait don à la commune de Merusaglia d'un tableau de Notre-Dame du Mont Carmel; il se trouve dans la chapelle funéraire de P. Paoli. Mais c'est Lentu qui possède les plus touchantes expressions de l'art de son enfant. L'église paroissiale renferme :
1) de splendides peintures murales (voûte de la nef);
2) toutes les stations du Chemin de Croix ;
3) un grand tableau de Sainte Marie Madeleine ;
4) un autre, plus petit du Sacré-Coeur.
- Nous tous, habitants de ce canton, en reconnaissance pour toutes ces marques d'attachement à son berceau et en réparation de l'oubli dans lequel il dort depuis 70 ans, ne pourrions nous accomplir un acte qui perpétuerait son souvenir?

Bigornu, Ferraghiu 1991, Teresa MAZZONI


Quelques oeuvres du peintre: Cliquer sur l'image pour l'agrandir.

 Ste Marie Madeleine
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 St Antoine
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 Oeuvre non religieuse attribuée au peintre Novellini.
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Signature du peintre sur le tableau de Sainte Marie Madeleine
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Signature du peintre sur le premier tableau du chemin de croix
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 Le chemin de croix